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Happy new year Labony…

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Je regarde ma montre, il n’est que 8h du soir… mais je suis déjà morte de fatigue et la veillée s’avère longue. Trop longue. Oh mon Dieu comment pourrai-je tenir sur mes deux pieds encore jusqu’à 4h du matin sans ouvrir la bouche sans m’arrêter une minute car Madame a invité plus de vingt personnes pour la fête?. ..Et je suis seule à faire le service. Je suis seule à faire tout ce qu’il y a à faire.
Je suis seule tout court.
Je suis seule depuis que j’ai quitté mon pays à la recherche d’un or imaginaire et les larmes de la mère coulent encore sur mes joues. Je pensais échapper à la misère dans laquelle je suis née et me découvre infiniment plus pauvre parmi des gens riches. Mais la misère humaine de mes patrons est plus triste que la pauvreté matérielle des miens.

Il est 8h du soir et les gens commencent à venir. Madame n’a pas fini sa toilette et Monsieur, ennuyé, doit accueillir le grand monde. On me remet des sacs de desserts et des bouteilles de vin sans me regarder. Monsieur me donne des ordres sans me voir.
Chez moi, mon fils doit être en train de visionner un match de foot à la télé en attendant que je l’appelle. Oh… aurais-je le temps de le faire avant minuit? Mon coeur se serre en moi. Il attendra minuit en vain car ici les choses empirent.

Il est 8h du soir et on m’appelle sans cesse. Ils m’appellent sans prononcer mon vrai nom car il est trop difficile à retenir pour eux. Tout en moi est difficile à retenir c’est pourquoi ils ne me retiennent pas. Il me semble parfois que suis une ombre qui n’existe que pour rendre leur vie moins laborieuse, leurs fêtes plus éclatantes, leurs maisons plus étincelantes.  C’est cela l’important, et ils ont raison, peut-être.
Finalement, je ne suis pas grand chose… je suis si petite de taille que j’ai dû être conçue pour cela : passer inaperçue. Ma vie à moi a-t-elle de la valeur? Ce n’est pas sûr. Si. Peut-être un peu. Pour ma mère. Pour mon fils qui m’attend. Pour mon mari…avant qu’il ne me quitte pour en épouser une autre.

Il est 8h du soir et on dirait que le temps devient élastique. Les gens mangent, boivent, rigolent et se racontent des histoires. On dirait qu’ils veulent tromper une douleur intérieure que je devine au fond de leurs yeux, un drame, des désespoirs  étouffés. Des solitudes amères.
Comme moi.
On dirait qu’au fond, on se ressemblait un peu…

Il est 8h du soir et soudain c’est le compte à rebours. Une année vient de se terminer et une nouvelle commence. Aurai-je part, moi aussi, au bonheur qu’on se souhaite avec frénésie ?

Je ferme les yeux pour quelques instants et me cache dans le creux d’un Regard.
Là, au fond, quelqu’un me connaît par mon nom.

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Laïque consacrée de la Communauté des Béatitudes. Formation philosophique et théologique à l'Université Saint Esprit de Kaslik, à L'Université Saint Joseph de Beyrouth et à l'Institut des Etudes Théologiques de Bruxelles. Enseigne à l'ISSR et anime des formations, des journées et des retraites spirituelles.

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